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Peintre
de l’intérieur
C’est
toujours une surprise agréable que de découvrir un peintre qui travaille
à contre-courant, à sa guise, à l’écart des modes et des genres obligés.
C’est le cas de Daniel Plante, un artiste entier et discret, pourvu d’un
métier exceptionnel et d’une sensibilité des plus sélectives.
On peut
voir les tableaux (acrylique sur toile) de Plante au Balcon d’Art,
galerie de Saint-Lambert. Ils nous proposent un monde particulier et
serein, qui tranche nettement avec les paysages communs et les
abstractions desséchées. Avec une habileté digne des grands
hyperréalistes- Colville, Wyeth, Forrestal – il nous entraîne dans
l’intimité de jeunes filles et garçons vivant dans un décor simple et
paisible, et donnant l’impression d’être indifférents aux choses de
l’extérieur. Ces êtres jouissent visiblement de la plénitude de leur
foyer. Détail important : ces enfants ne posent pas, ils ne regardent
jamais du côté du spectateur, ils sont saisis à l’improviste devant un
piano ou un coffre à jouets, comme aperçus au naturel par une porte
entrebâillée, par des parents respectueux de leur tranquillité d’esprit
et de leur vie intérieure.
Grâce à
l’éclairage ou aux vêtements, le moment du jour est bien défini, le
milieu est identifié et vu sous plusieurs angles. L’atmosphère propre à
l’endroit se retrouve d’une peinture à l’autre, en douceur et en
nuances. Le registre des couleurs est volontairement limité et riche en
tons chauds et en effets délicats, comme une espèce de musique de
chambre transposée en images.
Qu’on se
s’y trompe pas! En dépit de la sobriété du traitement et de l’apparente
spontanéité, Plante est très conscient de ce qu’il fait et il maîtrise
très bien sa technique. Il ne recherche nullement le réalisme
photographique, ses savantes compositions en sont la preuve; il ne veut
pas être identifié à une époque, c’est pourquoi ses personnages n’ont
pas de chaussures, par exemple, et que ses décors dépouillés et
intemporels. Il atteint cette sorte de modernité hors du temps qui se
dégage des scènes de certains créateurs : le Hollandais Vermeer de Delft
(1632 – 1675), le compositeur Gabriel Fauré (1845 – 1924) et, plus près
de nous, l’artiste peintre Ozias Leduc (1864 – 1955).
Plante
est né à Montréal en 1958. Il habite maintenant les Laurentides avec son
épouse, ses deux filles et son fils (ses modèles). Il a étudié les arts
plastiques dans plusieurs institutions, notamment au Cégep de
Saint-Laurent et à l’Université du Québec à Montréal. Il a travaillé
comme illustrateur, graphiste et enseignant.
C’est
le défunt docteur Stern, alors directeur de la Galerie Dominion, qui l’a
découvert et lancé. Depuis, il a exposé en divers endroits, entre autres
à la Galerie Lisette Martel à Montebello et chez Kaspar à Toronto. Par
la suite, sa réputation l’a fait rechercher par les collectionneurs,
attirés par son art personnel, la couleur et la texture qui lui sont
propres et, surtout, par l’unité d’une œuvre qui semble pourtant se
renouveler sans cesse!
Sans
bruit, Plante offre une oasis à nos yeux fatigués par une vision
artificielle, insensible et anarchique. La peinture du Xxe siècle est
souvent errante et erratique. Un Daniel Plante nous ramène à l’humain et
à l’équilibre, en même temps qu’à un art épuré.
Paul
Gladu

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