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L'ART VENU DE L'EST
Les
tableaux d’Annette de Langston retracent l’évolution d’un esprit, d’un
talent inné qui ne s’est vraiment affirmé qu’à l’âge adulte mais qui
éclate maintenant au grand jour dans d’importantes peintures. On assiste
à la recherche d’une identité et d’une forme artistique indépendantes du
reste du Canada et de l’ensemble des Etats-Unis.
L’artiste
est née à Dartmouth, Nouvelle-Écosse. Sa jeunesse a connu divers
endroits : Toronto, Montréal, Los Angeles, etc., mais n’a jamais cessé –
en dépit des nombreux déplacements de sa famille – de chercher un moyen
personnel d’expression.
D’abord
considérée comme habille dans la représentation de sujets sentimentaux,
Annette de Langston tombe en admiration devant les œuvres du Pérou
ancien – les Mayas dont la discipline, la créativité et la spiritualité
l’impressionnent grandement. Son travail s’en ressent; elle a tendance à
produire suivant le même esprit. Cependant, la folle activité du milieu
californien (notamment Los Angeles et Hollywood) la captive
temporairement.
Après un
court mariage qui lui a donné une fille, un événement la secoue : le
décès de son père à Bathurst, Nouveau-Bruniswick. Il faut ici noter qu’à
Los Angeles elle avait acquis une certaine notoriété en exposant sa
peinture à maintes reprises, mais sans avoir vraiment découvert sa voie.
Handicapé depuis l’âge de 26 ans, son père avait toujours exercé une
forte influence sur l’artiste. Sous le choc de ce décès, cette dernière
adopte définitivement l’art comme raison de vivre. Ajoutez à cela de
nombreux voyages à travers le monde, entre autres, en Malaisie, en
France et en Angleterre – elle est toujours nomade – qui lui ont donné
une grande ouverture d’esprit. Elle trouve enfin sa manière, qui se
traduit par des toiles mesurant de trois à quatre pieds et par une
lumière tamisée qui la distinguent aisément de la production des autres
artistes.
Deux
caractéristiques ressortent de ses tableaux : un penchant vers l’aspect
hiératique des êtres et des choses – une sorte de nature extatique; une
inclination à la symétrie et, corollaire, vers la répétition. Rien de
plus arbitraire que ces observations. Un artiste s’exprime diversement
selon le lieu et la circonstance. Il reste que l’apparition des chevaux
et surtout des éléphants, quoique logiques du point de vue de l’artiste,
surprend les occidentaux que nous sommes, peu habitués à une faune
étrangère et à un exotisme inusité.
Il en
résulte toutefois une trace de géométrie que ne renierait pas un
partisan de l’abstraction. Celle-ci existe dans la nature, que cela
plaise ou non. On n’a qu’à songer aux formes des coquillages, à la
répartition des feuilles sur une branche d’arbre, à la régularité des
cristaux, etc. Ce qui ne veut pas dire que le cubisme et d’autres écoles
en « isme » n’ont livré que des chefs-d’œuvre.
La
peinture d’Annette de Langston est l’aboutissement d’une longue
réflexion. Elle affiche des différences qui la mettent dans une classe à
part et qui témoignent de son humanisme et de sa sincérité. Le travail
ne la rebute pas : ses formats exceptionnellement spacieux le prouvent.
Ils expriment à la fois sa conviction et sa générosité.
L’esprit
créateur des Maritimes ne s’arrête pas à Colville et à Humphrey.
Réjouissons-nous de ce que le Canada ait une variété exceptionnelle
d’artistes. Tout pays compte plusieurs voix et dispose de plusieurs
moyens pour en traduire l’âme.
Avec
Annette de Langston, nous sommes devant des fruits et des fleurs. C’est
ce que la nature a de mieux à nous offrir : la beauté des tulipes, le
charme des poires, la présence de femmes et autres attraits de la vie. À
preuve, ces toiles aux titres évocateurs : Brightmess, Prêtresse,
l’Éclat des tulipes, Danseuse, et bien d’autres encore.
Paul
Gladu
(Magazin’Art,
13e Année, No 2, Hiver 2000 / 2001)

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