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Elle est de toute évidence le personnage
principal de son œuvre.
Elle s’assoit sur les dalles de pierre ou
gravit un escalier, elle se cache tout au fond du paysage ou glisse sur
la vague de la mer, elle s’étale de tout son long au fronton des
montagnes ou se berce doucement. Elle nous attend au bout d’un sentier
et pose un long regard sur une allée. Elle est omniprésente et toujours
interpellée : la lumière.
Toujours à la recherche de cet instant où la
lumière viendra griffer le pourpoint de l’ombre, André Bertounesque
crée, invente des prétextes pour qu’elle se présente au rendez-vous! Et
elle n’en manque pas un.
L’œuvre de Bertounesque, c’est l’attachant
bonheur que l’on a de se résigner à l’abandon devant ses représentations
d’un monde qui prêtent à l’enchantement, à l’écoute d’une histoire, à
l’observation intérieure d’un monde où chaleur et tendresse de vivre
appellent l’heure exquise.
Pour l’homme sédentaire qu’il est devenu,
c’est une invitation à un voyage. C’est lui qui trace l’itinéraire et
c’est avec ravissement que nous le suivons.
Son parcours rappelle à la fois certains
coins de Provence par la présence des volets, des bougainvilliers, ou de
certains thèmes qui rappellent les lieux. Mais ce n’est que subterfuge
pour donner à la lumière toutes les chaleurs qu’elle peut faire éclore
et tous les jeux d’ombre qu’elle imprime sur son passage. Potées de
géraniums, allées de fleurs, mordorés des eaux calmes : ce sont des
ponctuations de couleurs vives pour la mise en place d’un étal lumineux
qui se couvrira d’une ombre portée, juste ce qu’il faut, là où il faut
pour que l’on esquisse un sourire.
La provocation par la subtilité, la note
bleue comme l’aurait dit Chopin, le dosage – impression qui dit plus
vrai que toutes les reproductions du réel … plus vrai parce qu’il tient
compte de la sensation : cet espace étrange qui conjugue et ce que l’on
voit, et ce que l’on est, et ce que l’on pressent … et ce que l’on vit.
C’est ça la force de la peinture de
Bertounesque. Elle fait naître le rêve, le souvenir, l’anecdote, dans
des pans de vie découpés à même des sentiers bordés de fleurs, des
maisons à volets ouverts ou un simple bouquet de lilas posé là par une
main avisée dans un vase de verre.
Comme le dit si bien l’artiste, ce qui est
difficile dans une œuvre, c’est trouver l’idée qui la fera naître. Bien
sûr, certains sujets l’inspirent et ils lui servent de point de départ
pour une création, mais seulement de point de départ; l’imaginaire fait
tout le reste.
Son atelier? Un coin en retrait, isolé, où
ne se rendent pas les bruits de la maison, puis un espace un peu
restreint. Les fenêtres y ont été calfeutrées. Un chevalet, des tubes de
peinture, évidemment, puis une simili-tablette sur laquelle s’érigent
des couleurs qui, au fil du temps, deviennent des stalagmites lumineuses
témoins du périple imaginaire de l’auteur! Mais où prend-il sa lumière
cet homme! Au fil des conversations, j’ai bien compris qu’il la prenait
d’abord au-dedans de lui-même. Bien sûr, elle lui est apparue au grand
jour comme à nous tous, mais lui, il en a fait son premier sujet
d’observation. Il sait reconnaître sa présence à tout instant et c’est
son amour infini pour elle et ses mille caprices qu’il nous livre dans
ses œuvres.
C’est enchantement de l’entendre nous parler
d’elle avec fougue et vivacité. Il la connaît et la guette comme s’il
savait que, mal aimée et mal comprise, elle pourrait lui jouer de
vilains tours.
L’imaginaire de cet artiste est fécond. Doté
d’une mémoire phénoménale et d’une culture exceptionnelle dont il ne
fait jamais étalage, Bertounesque fascine et ravit à la fois par sa
verve et son immense besoin de silence. Sur la toile, le geste est
rapide, sûr, efficace et terriblement incisif : il faut faire vite et
bien quand on travaille à l’acrylique. Les longues années d’expérience
aidant, de la toile naissent formes et couleurs dont on sent en
filigrane la connaissance approfondie du monde qu’il peint et des
réalités qu’il dépeint. Cet artiste peut encore et toujours nous
étonner! Il sait créer des moments où chacun y trouve sa vérité.
Il sait apaiser bien que souvent tourmenté.
Il sait traduire en couleurs les moments fugitifs de la vie pour mieux
donner l’illusion d’éternité. Il sait inspirer le sentiment le plus
précieux : la liberté. Il sait …
Solange LeBel

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